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Réflexions - De l'éducation
Les jérémiades et récriminations dans le système éducatif français, largement amplifiées par la caisse de résonance médiatique, sont inadmissibles à plus d’un titre. Précisons d’emblée que notre propos n’est pas de nier les difficultés réelles rencontrées dans tel ou tel établissement, dans telle ou telle zone géographique. Il s’agit bien plus de dénoncer les amalgames, les généralisations abusives et les comportements strictement moralisateurs.En effet, l’idée générale est que tout va de moins en moins bien dans le pire des mondes ! On nous présente des événements qui de rarissimes autrefois seraient devenus le lot quotidien d’enseignants héroïques, retranchés derrière leurs bureaux et assurant contre vents et marées, leur mission sacrée de formation des esprits et des intelligences.
Rien de plus facile aujourd’hui que de montrer chaque jour dans les journaux d’information,un acte de vandalisme, une intrusion extérieure dans un établissement, une rébellion, etc. On connaît depuis longtemps l’effet conditionnant de la répétition systématique. Par contre, nul n’indique où trouver les éléments de réflexion qui permettraient de mettre en perspective les réalités des petits collèges ruraux (où la dispersion géographique de l’habitat n’est pas le moindre problème), avec celles d’établissements de ville moyenne, ou celles des collèges et lycées intégrés dans un même établissement, sans parler des établissements implantés dans des quartiers dits en difficultés. A quoi sert, ou plutôt à qui profitent de telles généralisations ? Notons qu’en ce qui concerne les établissements des quartiers défavorisés, leur présentation est systématiquement globalisante, et réduite à ce caractère de « quartier défavorisé »; on leur dénie ainsi tout caractère propre, toute identité, toute originalité et donc toute latitude et capacité à élaborer un projet éducatif spécifique. Ce phénomène de généralisation abusive est en soi un obstacle majeur à un traitement efficace de la question éducative en France. Un autre phénomène concerne l’unilatéralisme du point de vue. Ce qui est toujours monté en épingle, c’est le dysfonctionnement des élèves, des jeunes; il sert de déclencheur non pas à la réflexion et à l’analyse mais à l’indignation, sur le mode bien connu du « on n’avait encore jamais vu ça ! mais dans quelle époque vivons nous donc ? « et ce sur le ton larmoyant de la perte des valeurs et des repères. Il n’y a plus de respect, mon bon monsieur.Le respect de qui, de quoi, pour quoi ? Mais pour être respecté, ne faut-il pas commencer par être respectable ? Le type de relations instaurées dans le système scolaire est fondé sur l’idée d’une hiérarchie autojustifiée par le principe que ceux qui sont détenteurs du savoir (l’administration et le corps enseignant) sont légitimement détenteurs du pouvoir. En gros, nous savons, vous ne savez pas, faites ce qu’on vous dit...Et cela vaut bien sûr pour les élèves, dont la parole ne trouve aucun lieu d’expression ni d’écoute authentiques, mais aussi pour les parents dont il est plus pratique d’invoquer la démission ou le manque de responsabilité plutôt que de mettre en question le fonctionnement du système et les pratiques pédagogiques en vigueur. C’est ainsi qu’à une classe, qui par la voix (voie) de ses délégués lors d’une séance du conseil de classe (lieu institutionnel de la négociation scolaire ?) avait souhaité qu’un professeur rende le copies sans les classer par ordre de notation, le dit-professeur répondit qu’il avait bien noté la demande mais qu’il ne voyait aucune raison de changer une pratique qu’il avait adoptée depuis plus de quinze ans. Au-delà de l’anecdote, il faut bien comprendre qu’il s’agit là d’un pur et simple déni de parole et des institutions lui servant de support (délégation, conseil de classe). Où est alors le manque de respect ? De même à des parents d’élèves étonnés que leur enfant ne puisse quitter le collège en cas de fin anticipée des cours, et cela même en cas de décharge écrite de la part des parents, il fut rétorqué que la loi est la loi et qu’il faut la respecter au nom de ce qu’elle est la loi. Aux questions faites sur le sens d’une telle loi, en soi mais aussi au regard de sa signification pédagogique, la réponse demeura tout aussi tautologique. Ces deux anecdotes sont tout à fait significatives de l’absence de tout dialogue au sein de ce que l’on ne peut plus dès lors appeler une communauté éducative. Et il ne s’agit pas ici du dialogue entendu comme une conversation mais bien d’une communication qui s’instaure sur un mode procédural défini (par exemple, délégués, conseils, etc.) sur un obstacle à propos du quel la vie de la communauté s’entrave et où le type de discours sera celui de l’analyse et de l’argumentation. Comment en dehors de cela peut-on réellement envisager une quelconque formation à la citoyenneté critique basée sur le débat contradictoire, le droit et l’alternance démocratique ? Au fond, cet appel perpétuel au respect n’est-il rien autre chose que l’exigence de confort de ceux qui rêvent d’une classe silencieuse et docile à défaut d’une classe qui apprend et s’approprie ses apprentissages ? Un dernier effet pervers de ce traitement ou plutôt de ce non-traitement de la question éducative est lié à la victimisation de tous les problèmes liés au vivre ensemble. Toute relation à l’autre ne semble aujourd’hui pouvoir être thématisée que sur le mode du conflit, avec un agresseur et une victime. En outre, le manichéisme qui consiste à traiter tout problème en bons et méchants ne permet jamais de comprendre et encore moins d’influer sur les situations, puisqu’elles ne peuvent se résoudre que par la soumission de l’une ou de l’autre des parties. Mais surtout, c’est de déresponsabilisation qu’il s’agit; En effet, l’enseignant victime d’intrusions extérieures, d’agressions verbales ou physiques de la part vde certains élèves ou parents ou les deux, trouve dans cet antagonisme frontal l’occasion de faire économie de toute remise en cause de sa responsabilité dans les dysfonctionnements éducatifs. Car, qui aurait la cruauté de demander des comptes à de malheureuses victimes ? Pour autant, l’inexcusable brutalité de tel ou tel agresseur n’a pas en soi de valeur légitimatrice de telle ou telle pratique ou tel comportement ! Cette victimisation impose à l’interprétation des actes violents d’en rester à ce qui saute aux yeux, au sens superficiel et ne permet pas l’investigation approfondie des significations imbriquées et complexes; car, n’oublions pas que cette violence se jouant dans l’espace institutionnalisé voire contre lui, porte des interrogations profondes au coeur du système. Encore faut-il accepter l’interrogation ! On se contente donc, et par les temps qui courent cela est de bon ton, de sanctionner et de punir. Seulement, c’est oublier que si on peut obliger un élève à se taire, on ne peut l’obliger à apprendre et encore moins à comprendre; si l’on peut obliger un enfant à dire bonjour, on ne peut l’obliger à vous considérer; si l’on peut obliger les jeunes à ne pas proférer d’insultes racistes ou xénophobes dans l’enceinte scolaire, on ne peut les obliger à construire et intégrer les outils d’une vraie tolérance. Nos enfants s’ennuient à l’école. Au-delà du constat et encore une fois de l’indignation, ce serait une autre occasion de s’interroger sur ce que pourrait être l’enseignement du troisième millénaire. L’Homme est un être de savoir, un être d’apprentissage et de curiosité; il veut spontanément comprendre, apprendre maîtriser. Veut-on nous faire croire que les enfants ont changé et que c’est eux qu’il faut transformer, qu’il faut adapter à un système d’enseignement lui-même inadapté aux bouleversements sociaux, technologiques et éthiques. A l’heure des OGM, de l’internet, de la mondialisation, des biotechnologies , des expressions identitaires, communautaires et ethniques exacerbées, en restera-t on à des débats simplistes ou bien osera-t on une nouvelle approche de la relation et de la communication éducative où certes chacun a son statut et son rôle spécifiques (administrateurs, enseignants, parents et élèves) mais où tous se reconnaissent comme acteur à part entière d’un dialogue réel ? Date de création : 29/04/2006 @ 23:43 Réactions à cet article
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